Jenging in the badlands

C’est comment de faire du camping dans un parc national américain ? L’exemple du parc national des Badlands

 

Il y a les autres…

 

Donc, je suis assise à notre table avec un café frais et une cigarette, as usual. Kévin dort dans le van, as usual.

J’aime la petite vie des campings dans les parcs nationaux. Nous sommes dans le Parc National des Badlands. Chacun s’occupe tendrement de ses petites affaires, jetant par-ci par-là de petits coups d’œils curieux à celles des autres. La plupart sont vraiment bien équipés : ils ont soit une tente d’enfer, soit un énorme camping car avec des parties extensibles, soit un van entièrement aménagé avec tente de toit. Très poétique, la tente de toitby the way. Ils ont tous de mini-barbecues et un set entier de vaisselle en tout genre. Des chaises pliables, des hamacs, des poufs, des pergolas, des nappes, d’énormes casiers en plastique avec toute leur nourriture dedans.

Il y a les couples un peu âgés, qui bouquinent le soir dans leurs transats et ont des lunettes de soleil posées en permanences sur leurs casquettes d’explorateurs. Des shorts en nylon et des chemises à carreaux. Eux, ce sont les mieux organisés.

Il y a aussi les familles entières, mais là il y a clairement deux types : les parents explorateurs-intellos, avec leurs petits gamins tous blonds, qui dorment dans deux ou trois tentes différentes et observent les oiseaux. Il y a la famille américaine classique, avec des grands enfants bruyants, des ados qui ne voulaient pas être là. J’imagine le père arriver un jour à la maison avec un camping car gigantesque : « guys, cet été on va se faire la tournée des parcs ! » Je les entend râler. Oh noon, papa, Kimberley va faire this really big party I told you about… On se demande même comment ils font pour tous rentrer dans le camping car, vu la masse de chacun d’entre eux.

Il y a les bandes de copains. Et là c’est le festival. Musique, rires, festins, jeux.

Enfin, il y a les solitaires. Ceux qui ont juste une tente une place avec simplement un duvet, des jumelles et des guides de rando. Ceux-là sont un peu tristes, mais je crois qu’ils aiment ça. Peut-être des écrivains.

Et il y a soi.

Nous, on est roots. Tous les soirs, on déplace nos valises à l’avant du van et on se couche sur notre matelas gonflable dégonflé qui couine au moindre mouvement. On mange des restes de quelque chose parce qu’on a rien pour cuisiner, et on se fait attaquer par les moustiques parce qu’on ne prend jamais le temps d’acheter de quoi nous protéger. Hier, on a été les seuls à s’embourber sur une route en travaux. Il y a un bordel noir dans chacun des milliers de vides poches du van. Juste une minuscule glacière qui ne conserve jamais très longtemps nos boissons au frais. Et de vieux mégots qui semblent sortir de nulle part toutes les dix minutes. Là, je viens de faire une pause pour me battre avec une serviette de bain qui ne veut pas tenir accrochée sur l’auvent au dessus de la table. Je me suis contorsionnée dans tous les sens, un pied sur le banc, l’autre en l’air, pour trouver un équilibre. J’ai posé un sweat sur la serviette pour qu’elle daigne rester en place. Ne serait-ce que cinq petites minutes. Un peu d’ombre, s’il-vous-plaît. Il est 8h26 et il fait déjà 35 degrés.

Je regarde mes voisins ranger petit à petit toutes leurs affaires dans leur minuscule Honda. Ils avaient 6 valises, une tente gigantesque, un barbecue, une dizaine de grandes boîtes en plastique, et maintenant il n’y a plus rien. Et rien ne dépasse. A l’aube, j’ai contourné leur spot pour aller aux toilettes. Au retour, alors que je m’apprêtais à suivre la même trajectoire, la femme m’a lancé dans un sourire «  Oh, it’s okay hon, you can go by our place ! »

On a discuté un peu. Hier soir, une fois couchée, elle nous entendait discuter autour du Jenga qu’on venait de s’offrir. Elle a aimé nous écouter dans cette langue qu’elle ne connaissait pas. Et elle a entendu avec délice la tour s’effondrer (par ma faute, of course). Maintenant, elle déclipse sa nappe à carreaux rouges et blancs, et ils vont s’en aller. Ils sont presque tous partis.

Et Kévin dort encore.

As usual.

Raphaëlle

Si vous voulez en lire plus sur le Dakota du Sud, vous pouvez lire l’article sur notre passage chez Phuzion Storm Tattoo Shop ou notre soirée musicale derrière le Mont Rushmore

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