QUAND NOS PLANÈTES S’ALIGNENT

Donc, je suis dans le train pour Paris. On va faire une dernière bise à la capitale avant de s’envoler vers les grands froids.

Presque tout dans cette phrase est faux.

Primo on y reviendra sûrement pour prendre l’avion.

Deuzio on ne va pas lui faire une bise par amitié mais pas nécessité.

Tertio on est dans le train, c’est vrai, mais on a bien failli ne pas y être. À sept secondes près.

On va se faire relever nos données (c’est dans l’air du temps) bio-mé-triques. Ôui mâdame. Dans un centre agréé par ? Oui oui oui, je l’ai entendu dans l’assistance muette et contrite des internautes ?

Tu l’as dit bouffi. Le Canada.

Ça fait des mois qu’on résume à tous nos proches le fonctionnement du PVT (qu’on vous explique à vous ici!) et qu’on précise systématiquement qu’en gros il s’agit d’un tirage au sort toutes les semaines pendant des mois, et que surtout c’est individuel. Autrement dit c’est un coup à briser un couple.

Les premières rondes de tirage au sort ont commencé fin décembre. À la troisième, on a été tirés au sort tous les deux. Le même soir. Je vous laisse imaginer l’ambiance à la maison, sachant qu’on avait tout déjà tout plaqué pour ce projet complètement hypothétique et peu probable. Certains attendent plusieurs années pour obtenir leur sésame (et j’ai une grosse pensée chaleureuse et solidaire pour ces courageux, ces maîtres absolus de la patience et de l’espoir). Les chances pour qu’on l’ai, tous les deux, et lors de la même ronde, devaient être infinitésimales. Même si il semblerait qu’il y ai eu quelques très grosses vagues d’invitations en ce début de 2019.

Donc on a envoyé tous nos petits papiers. On a couru chez un photographe professionnel dans notre minuscule bled rural pour se faire flasher nos tronches de cake. Kévin venait de se réveiller et je sortais d’une journée de boulot, et je doute qu’on nous laisse rentrer sur le territoire canadien…

Et nous voilà dans le train pour Paris pour ces fichues empreintes. Si tout se passe bien, on recevra bientôt une lettre nous autorisant à vivre et travailler au Canada pendant deux ans.

Autant vous dire que ça valait le coup de se lever à cinq heures du matin. De dire au revoir à la chienne qui n’hésite pas à nous sortir son regard ultra-culpabilisant genre « Hé, vous allez où ? Vous croyez pas que ça m’a suffit d’être abandonnée une fois ? ». De se glisser dans cette bonne vieille Clio et rouler de nuit sous la pluie jusqu’à Toulouse. De s’engueuler avec deux ou trois automobilistes dont visiblement les planètes déconnent de bon matin. De ne pas trouver de place. De courir comme des malades dans la gare. D’avoir un quart de milli-secondes pour apercevoir la voie de notre train sur le panneau d’affichage avant que la ligne ne disparaisse, ce qui n’est jamais très bon signe. De courir à nouveau comme des dératés. De grimper dans l’Intercité une poignée de secondes avant qu’il ne commence sa marche de sept heures (sept heures!) jusqu’à Paname.

D’où la figure enfarinée de ma moitié qui roupille tranquillement face à moi.

D’où les cernes sous mes yeux, et la joie dans mon coeur.

Big up

Raphaëlle

1 Commentaire

  1. Gilles

    Oh putain, j’ai pas eu le temps de reprendre ma respiration avant la fin du chapitre…

    Réponse

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