Good morning Kenton

Donc, je suis assise devant mon ordinateur avec un café, chez nos hôtes de Kenton, dans la banlieue de Portland, Oregon. Kévin dort (ou dormait plutôt, puisqu’il me demande « C’était quoi, ça ? » au moindre bruit) dans le lit queen size orné d’oreillers aux décorations très subtiles : forêts embrumées, plages colorées…

Je me suis réveillée vers 6h, comme tous les matins. Comme si mon esprit ne se mettait jamais en veille dans un pays différent. « Vite, lève-toi, vas voir dehors ! » Je suis allée me prendre un café au Green Zebra, au coin de la rue. Rien que pendant ces 10 minutes, j’ai parlé avec trois personnes, in english of course. C’est difficile, le matin. L’esprit embrumé, j’ai essayé de ne pas passer ma commande en français, et j’ai esquivé le stevia de justesse. Il y avait un livreur qui fumait aussi une cigarette devant l’épicerie (oui, parce que toutes les épiceries font aussi cafétéria, faudrait voir à pas déroger à cette obsession nationale). Il me demande du feu, entend mon accent, me parle de la France (j’ai un ami ici, un ami là aussi), me souhaite une bonne journée. Il y a la vendeuse qui compatit : « I know it’s difficult in the morning ! Have a great day ! ». Il y a aussi sa collègue, toute petite, que j’avais déjà vu vers 6h30 ouvrir le magasin en bougonnant, sortir les sachets de glace du distributeur pour en mettre de nouveaux, vider les poubelles, défaire tous les cadenas sur les tables et les chaises. J’étais rentrée dans notre chambre pour lui laisser le temps de s’installer avant de lui demander ma dose de caféine. Elle me sourit, me demande si je veux autre chose, essaye de compter ma monnaie à travers ses jolis yeux fendus et embués.

Sur le chemin du retour, j’ai remarqué un petit panneau sur la grosse poubelle qui orne l’arrêt de bus devant notre porte : « Thanks to Green Zebra grocery for keeping this bus stop clean ! » Donc, ici, ce sont les commerçants qui se partagent l’entretien des rues. C’est pas idiot. 

On riait hier, en remarquant que nous passions la moitié de notre temps à dire « Ah ! Bah tu vois, ça c’est vachement mieux qu’en France ! »

Quelle ingratitude. Quelle naïveté. Mais laissez-nous rêver, un peu.

 

Raphaëlle

2 Commentaires

  1. Gilles

    Je crois que j’ai trouvé mon livre de l’été. J’aime bien ton écriture… À la prochaine parution!!!

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    • doogies2

      Merci copain 🙂 ça arrive !

      Réponse

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